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Olivier Grojean
  • Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne
    Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP) - Centre de recherche politique de la Sorbonne (CRPS)
    14, rue Cujas
    75005 Paris
Depuis quelques années, le PKK turc et le PYD syrien sont au centre de l'attention des gauches mondiales. Certains observateurs, comme l'anthropologue David Graeber, l'historien Immanuel Wallerstein ou le linguiste Noam Chomsky les... more
Depuis quelques années, le PKK turc et le PYD syrien sont au centre de l'attention des gauches mondiales. Certains observateurs, comme l'anthropologue David Graeber, l'historien Immanuel Wallerstein ou le linguiste Noam Chomsky les considèrent comme une des rares lueurs d'espoir dans le chaos moyen-oriental et comparent leurs expérimentations politiques à celles des zapatistes du Chiapas. En effet, ces organisations apparaissent comme un point de convergence de nombreuses luttes « nouvelles » : le combat militaire contre l'« obscurantisme » de Daech ; une forme avancée de féminisme contre le « patriarcat » islamiste et traditionaliste ; une volonté de promouvoir un « confédéralisme démocratique » postmarxiste et libertaire ; ou encore une manière renouvelée de contester le capitalisme et le culte de la croissance, au profit d'une écologie radicale. Pourtant, le PKK et ses organisations soeurs restent très méconnus. Fondé en 1978 et dirigé par son chef Abdullah Öcalan, emprisonné depuis 1999, ce parti radical, d'abord indépendantiste puis autonomiste, revendique s'être défait de ses oripeaux marxistes-léninistes pour développer une forme d'autogouvernement proche de la conception municipaliste de l'anarchiste américain Murray Bookchin. Qu'en est-il en vérité ?
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Les conflits portés par des revendications identitaires – autonomie, indépendance, droits culturels – n’ont cessé d’augmenter depuis 1945 et vont parfois jusqu’à menacer l’existence des États. Loin d’avoir disparu dans les régimes... more
Les conflits portés par des revendications identitaires – autonomie, indépendance, droits culturels – n’ont cessé d’augmenter depuis 1945 et vont parfois jusqu’à menacer l’existence des États. Loin d’avoir disparu dans les régimes démocratiques, ils sont particulièrement importants en Turquie, en Iran et au Pakistan et ce, malgré une construction étatique et un rapport aux minorités profondément différents.
Dans ces trois pays, l’identité ethnique ou religieuse est un principe quotidien de classement des individus et de hiérarchisation des groupes. Or, si les différences créent de la hiérarchie et de la rivalité, elles ne débouchent pas nécessairement sur des conflits. Comment passe-t-on alors de la simple « friction culturelle » au conflit identitaire ouvert ?
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Martyrs often leave behind them letters or testaments. It is for example the case of numerous Palestinian, Iranian, Lebanese, Turkish, Kurdish, Chechen or Indo-Pakistani martyrs, having voluntarily committed suicide or having been killed... more
Martyrs often leave behind them letters or testaments. It is for example the case of numerous Palestinian, Iranian, Lebanese, Turkish, Kurdish, Chechen or Indo-Pakistani martyrs, having voluntarily committed suicide or having been killed in fedayin operations. But what are really these martyrs' testaments? Based on the example of the Kurdistan Workers' Party (PKK), this article addresses the status of these sources, the way these data are produced, as well as asks how they can be compared, and which research questions could be raised. If some testaments can be considered as intimate which could give the researcher indications on the perspectives and reasons to conducive to the action, the great majority of them looks like "institutional autobiographies". They especially reveal the complex, plural and sometimes contradictory modalities of the activists’ submission to the Party. In so doing, we show that an analysis which focuses on the diachronic relationships between the activist and the institution offers important insights into understanding the reasons an individual becomes a martyr. Such a perspective challenges the more traditional analysis in terms of individual "motivations", "rationality", and even "intentionality" to die.

Les phénomènes de martyre donnent souvent lieu à la rédaction de lettres ou de testaments. C’est par exemple le cas de nombreux martyrs palestiniens, iraniens, libanais, turcs, kurdes, tchétchènes ou encore indo-pakistanais, s’étant volontairement donnés la mort ou ayant été tués dans des opérations fedayin. Mais que sont réellement ces testaments de martyrs ? A partir de l’exemple du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), cet article s’interroge sur le statut de ces testaments, c’est-à-dire sur la manière dont sont produites ces données, sur leur comparabilité, et sur les questions qu’il est raisonnablement possible de leur poser. Si quelques testaments peuvent être lus comme des lettres intimes susceptibles d’informer le chercheur sur les perspectives et les raisons qui ont incité à l’action, la grande majorité ressemble davantage à des « autobiographies d’institution », qui révèlent surtout les modalités complexes, plurielles et parfois contradictoires de remise de soi au Parti. Ce faisant, il est possible de démontrer tout l’intérêt qu’il y a à dépasser les approches en termes de « motivations » individuelles, de « rationalité », voire d’« intentionnalité » de mourir, au profit d’une analyse privilégiant les relations diachroniques qui se nouent entre individu et institution.
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Partant de l’hypothèse que l’identité est une forme spécifique de capital collectif, la hiérarchie et la différence (et donc par définition une certaine mesure d’hostilité) sont inséparables des contextes multi-identitaires. De plus,... more
Partant de l’hypothèse que l’identité est une forme spécifique de capital collectif, la hiérarchie et la différence (et donc par définition une certaine mesure d’hostilité) sont inséparables des contextes multi-identitaires. De plus, l’État joue un rôle central dans l’organisation d’un accès différentiel aux ressources. La transformation rapide des hiérarchies identitaires s’explique en raison de ruptures politiques, de transformations socio-économiques et de l’émergence de nouveaux régimes de subjectivation. Ces contextes permettent aux mobilisateurs de jouer sur les différences identitaires, qui se révèlent efficaces pour élargir les mobilisations et rendre congruents les conflits locaux et nationaux. Enfin, contrairement à une idée largement répandue, la violence ne résulte pas forcément de l’échec
d’une vague de mobilisations et n’implique pas nécessairement la stigmatisation de ceux qui y ont recours. Au contraire, elle peut s’autonomiser dans certains contextes, servir d’amorce à des mobilisations et transformer les relations entre communautés dans le sens d’une stigmatisation des victimes.
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L’étude du « façonnage organisationnel » du militantisme et l’observation des interactions entre l’institution et les individus engagés puis désengagés gagnent à se fonder sur les trajectoires mili-tantes. Ainsi, à partir de l’analyse de... more
L’étude du « façonnage organisationnel » du militantisme et l’observation des interactions entre l’institution et les individus engagés puis désengagés gagnent à se fonder sur les trajectoires mili-tantes. Ainsi, à partir de l’analyse de quatre trajectoires biographiques de militants s’étant engagés au sein du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), l’objectif de cet article est d’observer les processus qui conduisent au désengagement, et les dynamiques qui permettent au contraire le maintien de l’enga-gement dans une organisation radicale quand celle-ci entre en crise. Après analyse de la diversité des attitudes qui ont suivi l’arrestation du chef du PKK Öcalan, l’article propose de lier ces attitudes aux condi-tions sociales de possibilité de l’engagement, puis aux modalités de l’engagement et à la construction sociale de l’attachement à l’institution. Il est alors possible de voir, en creux, quelles négociations lient l’individu et l’institution, et dans quelle mesure les désengagements sont aussi une conséquence des effets différenciés des dispositifs disciplinaires sur certains groupes ou individus.
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Dix ans après l’arrestation du chef du PKK, cet article tente d’observer pourquoi et comment le personnage d’Abdullah Öcalan continue d’être au centre de la question kurde en Turquie. A partir de l’observation ethnographique du réseau... more
Dix ans après l’arrestation du chef du PKK, cet article tente d’observer pourquoi et comment le personnage d’Abdullah Öcalan continue d’être au centre de la question kurde en Turquie. A partir de l’observation ethnographique du réseau associatif pro-kurde en France et en Allemagne, il s’agit d’abord de mieux cerner les relations qu’entretiennent les militants à la figure du leader emprisonné. Par ailleurs, l’essentiel des revendications concerne aujourd’hui la personne d’Öcalan lui-même : l’image du chef kurde détermine encore largement les clivages politiques au sein du mouvement kurde et apparaît désormais comme le point de convergence de toutes les luttes, qu’elles soient externes ou internes. Enfin, les autorités turques pourraient elles-mêmes être tentées de jouer la carte Öcalan afin de calmer la contestation kurde, tout en persistant à réduire la question kurde à son traditionnel volet « économico-répressif ».
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Après un bref retour sur la construction de la notion en sciences humaines et sociales (et notamment en psychiatrie), nous proposons dans cet article de définir les « violences contre soi » comme des « actions volontaires de dégradation... more
Après un bref retour sur la construction de la notion en sciences humaines et sociales (et notamment en psychiatrie), nous proposons dans cet article de définir les « violences contre soi » comme des « actions volontaires de dégradation physique, voire de destruction de son propre corps afin de protester ou de défendre une revendication », définition qui permet de se démarquer des approches en termes de non-violence, d’éviter d’établir une distinction stricte entre violences « contrôlées » et violences conduisant nécessairement à la mort, et d’inclure les attaques-suicides, qui possèdent bien une dimension relevant des phénomènes d’autodestruction volontaire. Modes d’action pouvant parfois entrer dans un répertoire disponible au cours d’une interaction conflictuelle, les violences contre soi sont néanmoins des pratiques sujettes à de multiples usages et investissement de sens. La notion peut alors permettre des questionnements sur la généalogie des techniques de lutte, tout amenant à s’interroger sur les liens existants entre types de revendications et modalités de la confrontation, et surtout à complexifier les notions de coûts et de risques.
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Scholars have analyzed theories of the ‘New Man’ primarily as an ideological component of totalitarian systems. Based on the study of the Kurdistan Workers Party (PKK), the most important organization of the Kurdish movement in Turkey,... more
Scholars have analyzed theories of the ‘New Man’ primarily as
an ideological component of totalitarian systems. Based on the study of the Kurdistan Workers Party (PKK), the most important organization of the
Kurdish movement in Turkey, this article goes beyond the frame of state
ideologies to examine the relationships between theory and practice, and
to evaluate the concrete effects of the new man doctrine on PKK activists.
The article examines political discourses within the PKK to help to
understand how, beyond Marxism and nationalism, a specific construction
of the New Man was institutionalized in the party. The party used a number
of disciplinary mechanisms to do this; in particular, self-criticism played an
important role in all branches of the organization. Evaluating the efficacy of
these measures is difficult, but the article suggests that activists’ personal
biographies and social trajectories help explain how and why some
militants were (or were not) able to conform to the PKK ideal.
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Parler de violences contre soi, c’est faire l’hypothèse d’une continuité relative entre violences auto-infligées (les grèves de la faim par exemple) et violences auto-sacrificielles (les « attaques-suicides »). Le développement, au sein... more
Parler de violences contre soi, c’est faire l’hypothèse d’une continuité relative entre violences auto-infligées (les grèves de la faim par exemple) et violences auto-sacrificielles (les « attaques-suicides »). Le développement, au sein du conflit kurde, d’un certain imaginaire du corps souffrant a en effet conduit le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) à renverser ce stigmate et à construire un système au sein duquel seuls l’investissement de soi et la discipline permettaient d’être à la hauteur des exigences du chef. C’est la fabrique des martyrs et la diffusion d’un certain idéal d’engagement qui a permis aux membres et sympathisants du parti de recourir, en fonction des circonstances, à telle ou telle forme de violence contre soi.
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En combinant l’étude des cadrages de justification et des répertoires d’action développés durant les quinze années du conflit, ce chapitre vise à analyser les opérations ayant permis la diffusion des enjeux de la question kurde au-delà de... more
En combinant l’étude des cadrages de justification et des répertoires d’action développés durant les quinze années du conflit, ce chapitre vise à analyser les opérations ayant permis la diffusion des enjeux de la question kurde au-delà de l’arène conflictuelle PKK-armée. Si le conflit reste au début très cloisonné au sein de l’arène publique turque, des processus en cours au début des années 1990 (perspectives de négociations, adhésion massive de la population, augmentation des manifestations en Europe) marquent le passage à un quasi-espace de mouvement social au sein duquel l’univers de sens mis en place au début des années 1980 s’autonomise par rapport aux institutions (État, PKK) pour rencontrer un écho sans précédent dans la société, sans réel processus de recadrage. L’étude de la genèse de cette arène, de son extension en Europe, puis des processus de construction du sens - tant dans le registre des motifs que dans celui des actions - peut alors permettre de proposer des éléments de réflexion susceptibles de caractériser l’arène conflictuelle turco-kurde et les régimes de croyance qui en sont la matrice et le produit dans les années 1980-1990.
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Fin septembre 2004, une crise importante éclate entre Ankara et Bruxelles sur la réforme du code pénal turc, deux mois avant la décision de l’Union européenne sur l’ouverture de négociation d’adhésion avec la Turquie. Cet épisode... more
Fin septembre 2004, une crise importante éclate entre Ankara et Bruxelles sur la réforme du code pénal turc, deux mois avant la décision de l’Union européenne sur l’ouverture de négociation d’adhésion avec la Turquie. Cet épisode politique et médiatique, qui place la condition des femmes au centre des débats, apparaît symptomatique de la manière dont est appréhendée la question féminine en Turquie, et ce tant par les observateurs turcs qu’européens : comme un révélateur des structures sociales de la société tout entière. Ainsi, plutôt que de dresser ici un bilan « brut » ou « chiffré » de la condition des femmes en Turquie, cet article vise à montrer à quoi servent les recherches sur les femmes : de quelles manières sont interprétées les évolutions du statut personnel des femmes, la naissance des organisations féministes, ou encore l’apparition de femmes « islamistes » dans l’espace public ? Quels questionnements sous-tendent (ou découlent de) l’étude de la condition féminine ?
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Militancy and radicalization among Turkish Kurds Why and how do people engage in a radical movement? To answer this question, this paper analyses two Kurdish movements in Turkey, the PKK and the Hizbullah, under three different aspects.... more
Militancy and radicalization among Turkish Kurds

Why and how do people engage in a radical movement? To answer this question, this paper analyses two Kurdish movements in Turkey, the PKK and the Hizbullah, under three different aspects. First, the constitution of radical groups is explained as a way for political entrepreneurs without social and economic capital to mobilize ressources. Radicalisation is also results of the competition with others groups belonging to the same political field. Secondly, personal dispositions are actualised during the process of adhesion. Here, the first group of militants linked by strong and multiple links has to be distinguished from the second generation, more likely to be made up by isolated individuals. Finally, the paper analyses two ways to bridge the old values of the primary socialization and the new world of the party: values such as charism and honor (namus) work in both universes and biographies (or autobiographies) allow individuals to recreate a coherence in their self-perception.
Research Interests:
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A travers l’étude des facteurs qui sous-tendent l’engagement politique des Kurdes en Europe, cet article cherche à montrer comment s’est constitué un espace transnational des mobilisations autour de la question kurde, espace qui permet de... more
A travers l’étude des facteurs qui sous-tendent l’engagement politique des Kurdes en Europe, cet article cherche à montrer comment s’est constitué un espace transnational des mobilisations autour de la question kurde, espace qui permet de ne plus penser la distance entre Kurdes d’Europe et de Turquie et au sein duquel l’Etat turc reste un acteur central. Sans s'attarder sur les déterminants « objectifs » et structurels qui pourraient inciter les immigrés kurdes à s’engager en direction de leur pays d’origine plutôt que dans la politique de leur pays d’accueil, l’article s’intéresse surtout à la construction des solidarités politiques, en analysant d’abord les conditions historiques de la création de cet espace, puis en observant comment se construit socialement le désir de se vouer à la cause kurde en Europe. Les difficultés organisationnelles et mobilisationnelles de l’engagement en exil sont enfin analysées à travers la manière dont la violence interne et la mobilisation tendent à construire la question kurde dans un « ici et maintenant » qui annihile les frontières et la distance.
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Ballast Olivier Grojean : « Le PKK n'est pas une institution monolithique » www.revue-ballast.fr/olivier-grojean-pkk-nest-institution-monolithique/ Entretien inédit pour le site de Ballast Dans les pages de son essai La Révolution kurde —... more
Ballast Olivier Grojean : « Le PKK n'est pas une institution monolithique » www.revue-ballast.fr/olivier-grojean-pkk-nest-institution-monolithique/ Entretien inédit pour le site de Ballast Dans les pages de son essai La Révolution kurde — Le PKK et la fabrique d'une utopie, paru aux éditions La Découverte, le chercheur Olivier Grojean retrace l'histoire du Parti des travailleurs du Kurdistan. De sa fondation en Turquie, en 1978, à la lutte qu'il mène de nos jours aux côtés des ses organisations satellites, notamment en Syrie et plus particulièrement au Rojava. Mais c'est une lecture critique que l'auteur propose, tout en clair-obscur : le PKK at -il changé ainsi qu'il le prétend ? le Rojava est-il le coeur de la révolution socialiste contemporaine ? L'État islamique s'est effondré, Washington a rappelé 400 de ses Marines, Poutine vient d'annoncer le retrait d'une part significative du contingent militaire russe — Assad a salué l'action menée par son partenaire au nom de « la guerre contre le terrorisme » — et le huitième cycle de pourparlers de paix sur la Syrie s'est achevé hier : c'est dans ce contexte que nous en discutons.
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L’objectif de cette thèse est de rendre compte de la transnationalisation des mobilisations kurdistes et notamment de la transnationalisation des mobilisations du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan), de la Turquie vers l’Europe.... more
L’objectif de cette thèse est de rendre compte de la transnationalisation des mobilisations kurdistes et notamment de la transnationalisation des mobilisations du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan), de la Turquie vers l’Europe. Entre 1982 et 2008 en effet, il n’est vraisemblablement aucun mois qui n’ait vu au moins une manifestation kurdiste en Europe et, au-delà, la moyenne annuelle des actions protestataires organisées en Europe pourrait être d’un demi-millier. Ce foisonnement fait peut-être des Kurdes de Turquie, qui constituent une population d’environ un million de personnes « issues de l’immigration », d’une part l’un des groupes les plus protestataires en Europe, et d’autre part le groupe protestataire le plus européanisé.

Dans une perspective interactionniste et comparative, notre hypothèse est que les différentes dimensions des mobilisations kurdistes en Europe (répertoires d’action, temporalités, engagements individuels, etc.) doivent être rapportées non aux structures politiques des pays dans lesquelles ces mobilisations ont lieu mais au système d’interdépendance du mouvement kurde : elles sont fonction de différents systèmes d’interactions (relations avec les autorités, les médias, les autres groupes mobilisés, et relations internes) qui ne se limitent pas aux acteurs présents en un site donné. La démonstration de cette hypothèse a nécessité la mobilisation de sources plurielles : longs terrains en France et en Allemagne, longs séjours en Turquie, observations de manifestations et d'activités associatives, entretiens avec des activistes et sympathisants du PKK, dépouillement d’organes militants (Özgür Politika, Serxwebûn, Kurdistan Report…) et constitution d’un corpus de plus de 1500 événements protestataires et actions auto-sacrificielles exploitable à des fins statistiques. Notre raisonnement s’articule autour de cinq chapitres.

Le premier chapitre vise à saisir comment des mobilisations en faveur de la cause kurde ont émergé en Europe. Nous avons d’abord cherché à mieux penser les caractéristiques des mobilisations kurdistes en Turquie et à rendre compte des raisons qui ont poussé un certain nombre d’organisations politiques turques et kurdes à s’implanter en Europe sur un modèle souvent déjà expérimenté en Turquie, au point de prolonger le système d’interaction entre mouvements en Turquie. Puis nous avons montré que les régimes de citoyenneté et les conditions de vie auxquels sont soumis les migrants en Europe ne sont pas susceptibles d’expliquer la construction d’identités ethniques très politisées en exil, et encore moins l’engagement d’une partie d’entre eux pour une cause située dans leur pays d’origine. Au contraire, ce sont à la fois l’arrivée de réfugiés fortement politisés, le travail de mobilisation des organisations et la dégradation de la situation politique en Turquie qui incitent certains immigrés à redécouvrir leurs « origines » et à s’engager.

Le deuxième chapitre tente de mieux comprendre les opportunités et contraintes du mouvement kurde en Europe en s’interrogeant sur ce que signifie l’internationalisation d’un conflit. La première section vise à analyser les interactions entre différentes autorités politiques européennes et le PKK. Cette étude historique, qui montre qu’une conceptualisation statique ne saurait rendre compte du contexte de l’action protestataire, permet de dégager les perceptions croisées des différents protagonistes, perceptions qui vont motiver leurs actions et réactions. On voit alors combien l’action du PKK en Europe vise d’abord à transformer le contexte dans lequel il s’est inséré et à s’ouvrir des opportunités, notamment à partir du début des années 1990. La deuxième section constitue quant à elle une étude des opportunités médiatiques du mouvement kurde en Europe et une analyse (quantitative et qualitative) de la couverture (française et allemande) des mobilisations du PKK au moment de l’« affaire Öcalan ». Elle a aussi servi à évaluer les conditions de possibilité d’une analyse statistique des événements protestataires kurdistes à partir de sources de presse.

Le troisième chapitre concerne les dynamiques de la mobilisation, c'est-à-dire la structuration temporelle et spatiale de l’action protestataire kurdiste en Europe. Après avoir, dans la continuité du chapitre précédent, mis en évidence certains biais de notre corpus d’événements protestataires et étudié dans quelle mesure une analyse statistique était envisageable, nous avons montré comment la temporalité et le rythme des mobilisations sont à la fois fonction des évolutions du conflit au Moyen-Orient, des interactions du PKK et des Etats européens et de l’agenda interne au mouvement kurde. Si un des principaux objectifs du PKK a été d’homogénéiser l’espace européen de la cause kurde, des variables démographiques et politiques ont placé l’Allemagne dans une position singulière qui a eu des répercussions sur l’ensemble des mobilisations européennes du mouvement. Dans une troisième section, nous avons enfin cherché à mieux analyser comment s’articulent les niveaux d’interaction au cours de quelques vagues de mobilisation.

Le quatrième chapitre revient sur les formes que prennent les actions protestataires du PKK en Europe et réinterroge la notion de répertoire d’action développée par Charles Tilly. Nous avons d’abord mis en évidence la manière dont se constitue le répertoire d’action d’une organisation implantée sur divers territoires : importations, réappropriations, mimétismes, différenciations sont des opérations qui permettent de rendre compte de la genèse des répertoires. Mais si un répertoire apparaît relativement stable, sa structure (c’est-à-dire l’agencement des modes d’action en son sein) peut varier dans l’espace et évoluer dans le temps. La deuxième section vise à analyser la dynamique du répertoire, c'est-à-dire les processus qui conduisent « à choisir telle ou telle arme » en fonction des cibles et des revendications de la protestation mais aussi des configurations locales et temporelles. En particulier, l’utilisation de la violence ne peut être uniquement comprise comme un phénomène accidentel intervenant au cours de processus de négociation à l’origine non-violents, même si les interactions peuvent produire des effets émergents, non contrôlés par les acteurs.

Enfin le cinquième chapitre vise essentiellement à rendre compte des modalités d’investissement de soi au sein du mouvement. Après avoir exposé comment, dans différents espaces, l’institution PKK tente de former et contrôler ses membres (mais aussi la population) dans l’idée que seule la soumission au leader et la transformation de sa personnalité permettra la libération, nous avons observé (à partir de trajectoires biographiques) dans quelle mesure militants et sympathisants s’approprient (ou non) règles, normes et idéaux prônés par le PKK et comment ces réappropriations participent de l’institutionnalisation de ces pratiques de vie et de cet imaginaire politique. Il est alors possible de mieux cerner comment une technique protestataire d’abord utilisée au sein de l’univers carcéral (l’immolation par le feu) a pu se diffuser, d’abord en tant qu’idée, dans tous les réseaux kurdes puis comment le sacrifice de soi a pu constituer, dans certaines circonstances et certains espaces, une option pertinente pour certains militants et sympathisants.
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Les débats autour des frondeurs du PS ou l'exclusion de J.-M. Le Pen du FN montrent que l'indiscipline partisane est aujourd'hui fréquemment mise au coeur de l'actualité politique. Exemplaires, ces cas rappellent que les partis politiques... more
Les débats autour des frondeurs du PS ou l'exclusion de J.-M. Le Pen du FN montrent que l'indiscipline partisane est aujourd'hui fréquemment mise au coeur de l'actualité politique. Exemplaires, ces cas rappellent que les partis politiques ne sont pas seulement des organisations auxquelles on adhère, mais aussi des institutions qui requièrent certaines attitudes de leurs membres, leur enjoignent une discipline et peuvent, le cas échéant, les sanctionner. Bien qu'abordées dès les premiers travaux sur les partis politiques, l'(in)discipline et les multiples voies qu'elle emprunte restent mal connues. Cet ouvrage analyse (in)disciplines et sanctions ordinaires, statutaires ou plus diffuses, comme des entrées pour questionner le lien partisan. Pluridisciplinaire et comparatiste, il comble une lacune dans l'étude des phénomènes partisans et propose des clefs de compréhension de questions d'actualité récurrentes.
Research Interests:
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